Un plan de relance régional en culture? Oui absolument!

La ministre de la Culture a lancé cette semaine le très attendu plan de relance économique pour le milieu culturel. En tout, 289 M $ d’argent neuf pour soutenir le secteur mis à mal par la crise du Covid-19. Ces investissements portent le soutien du milieu à un niveau record jamais vu au Québec. Bravo! Dans un premier temps, il faut saluer cette annonce et reconnaître la volonté de l’État de soutenir sa culture, notre culture. Cependant, sur le terrain, de nombreux artistes ont déjà mis en lumière certains angles mort de l’annonce et dénoncé le « tout au numérique ambiant ». L’inquiétude est palpable.

Il est vrai que cette annonce n’embrasse pas l’ensemble des multiples aspects de la vie culturelle, même si un large spectre y est tout de même couvert. Comme on le constate dans cette crise aux multiples zones grises, il n’y a pas de solution parfaite. Cela ne nous empêche toutefois pas d’aspirer à un soutien en phase avec les besoins du milieu. Il faut tout de même mettre en perspective que l’annonce de la ministre trace les grandes lignes et que les modalités ne sont toujours pas connues.

Quoi qu’il en soit, une part importante des investissements, 155 millions, transigent par la SODEC. Ce choix a de quoi inquiéter les régions du Québec alors que cette Société d’État investit plus de 80 % de son budget à Montréal et n’a aucun ancrage et stratégie pour soutenir les entreprises culturelles en région. Ne serait-il pas temps de profiter de ces investissements records et inviter la SODEC à soutenir des initiatives qui « reflètent notre société » comme le souligne le plan d’action de la ministre. Ne serait-il pas temps de soutenir de manière importante les productions audiovisuelles produites et réalisées en région? De soutenir de manière structurante les actions de commercialisation collectives de nos artisans? Et de s’assurer de la viabilité de la chaîne du livre en région? Pour moi, la réponse est oui et l’occasion est belle.

L’histoire des trente dernières années nous a appris qu’en culture au Québec lorsqu’on laisse aller les « forces de la nature », les fonds publics se retrouvent à Montréal. Ce n’est même pas une critique, c’est un simple fait. Le Conseil des arts et des lettres (CALQ) a d’ailleurs dû mettre en place des mécanismes de rééquilibrage pour s’assurer d’avoir une action soutenue sur l’ensemble du territoire. À la lumière de ce constat, il apparaît évident que si nous laissons à nouveau jouer les « forces de la nature », les investissements majeurs que nous faisons pour la relance en culture risquent de prendre un sentier direct et connu et éviteront les détours en région.

La seule manière pour s’assurer que l’ensemble du Québec culturel traverse cette crise sans être amputé d’éléments aussi vitaux qu’essentiels est de bonifier le plan national et déployer des plans de relance pour chacune des régions du Québec. De cette manière, l’État s’assurerait d’agir partout et veillerait à ce que les mesures soient adaptées aux réalités des territoires avec efficience et rapidité. Une prochaine annonce en ce sens rassurerait assurément les nombreux intervenants régionaux qui pour l’heure ne se sentent pas vraiment concernés par le plan déposé lundi par la ministre.

Éric Lord
Directeur général


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