La culture du combat

C’est en assistant mercredi dernier au très réussi Gala Arts Excellence 2011 que j’ai eu la confirmation du sujet de cet éditorial. En effet, au cours de cette soirée ambitieuse et inspirante, Guillermo Raynié, lauréat du Prix Métiers d’art, a indiqué dans son discours de remerciements l’absolue nécessité de développer et d’améliorer l’enseignement de la culture dans nos écoles. Cette intervention de Guillermo m’a fait penser à une chronique de Christian Rioux, parue quelques jours plus tôt dans le Devoir, où il écrivait que le gouvernement britannique, après avoir augmenté de façon spectaculaire les droits de scolarité des étudiants d’université (au mépris de la justice sociale la plus élémentaire), souhaitait dorénavant ne subventionner que les études supérieures ayant une « utilité commerciale » et « stratégiquement importante » comme les sciences, les techniques et la médecine. Perspective inquiétante où les gouvernements n’auraient pour unique ambition que de créer des étudiants rentables pour la société en oubliant volontairement de former des citoyens critiques et avertis.

Dans ce contexte et en ces temps troublés de crise économique, la place de la culture dans nos sociétés est loin d’être acquise face aux lois du marché qui considèrent une communauté d’individus avant tout comme une communauté de clients bien loin de la chose publique. Pourtant, en s’amusant à adopter le langage du marché, force est de constater que la culture dans de nombreuses régions du monde a servi de moteur à la croissance et a généré de précieuses retombées économiques. De Lille à Bilbao en passant par Manchester, Montréal ou même Trois-Rivières, les exemples de manquent pas où la volonté des décideurs de parier sur la créativité a porté ses fruits.

À la manière des étudiants anglais qui se révoltent aujourd’hui contre la décision de leur gouvernement, le milieu culturel ne doit pas cesser le combat pour réaffirmer avec conviction la place indispensable de la culture dans la collectivité. Il faut convaincre, s’impliquer dans l’arène politique et investir sans relâche l’espace public. C’est le prix à payer pour que s’exprime aujourd’hui et demain la créativité de nos artistes.

Thomas Grégoire
Directeur adjoint-responsable marketing, communication et partenariat, Festivoix
Administrateur, représentant à la commission Arts de la scène | Organismes, entreprises ou collectifs d'artistes, Culture Mauricie