Entrer dans la légende

Du plus lointain des âges… se confirmant avec la venue des premiers Français, la Mauricie était prédestinée à devenir le berceau d’une société de culture francophone en Amérique. De par son histoire qui a traversé les siècles, la Maurice a souvent été considérée comme une référence dans les différentes étapes du développement du Québec.

Que ce soit en raison du commerce des fourrures avec les coureurs des bois, de l’industrie forestière avec les bûcherons, de l’hydroélectricité avec l’électrification du Québec, des entreprises manufacturières avec la montée du syndicalisme, de la présence du clergé ou de notre positionnement entre Québec et Montréal, notre région est une source inestimable de récits et d’évènements qui ont marqué à la fois notre identité nationale et notre imaginaire collectif.

Cette référence à nos origines et à notre histoire n’est certainement pas étrangère au fait que depuis quelques années notre région regorge de conteurs ou d’évènements qui valorisent les contes et les légendes. On n’a qu’à penser à l’univers de Fred Pellerin, aux livres de Bryan Perro, à la musique des Tireux d’roches, au Festival des contes et légendes, aux rondes de nuit animées par les Barbares obliques, à la nouvelle exposition « Histoires fantastiques : mythes et légendes de chez nous » au Centre d’exposition Léo-Ayotte de Shawinigan, à Tom Caribou du musée Boréalis, au Cercle des conteurs et à Production Conte en T, sans oublier des lieux comme la microbrasserie Le trou du diable, ainsi que les Forges du Saint-Maurice et bien d’autres encore.

Ces artisans de la parole et de l’imaginaire font  partie intégrante de notre culture et de notre identité régionale et nationale. Ils font rire, ils font pleurer; parfois ils effraient et donnent à réfléchir. Pour l’avenir, peut-on l’espérer, ils constitueront une part importante du patrimoine immatériel et de l’histoire vivante de notre région. Ils feront de nous une région de « conteux » qui aime « faire l’histoire »… son histoire.

La fierté et le sentiment d’appartenance à une région se développent aussi en ayant cette capacité de nommer ce que nous avons été, ce que nous sommes et ce que nous avons le goût de devenir.

Inspirés par la vie quotidienne des gens d’une localité, par les caractéristiques d’une époque révolue ou par nos rites spirituels ou naturels, les contes et légendes deviennent alors une occasion propice de faire preuve de caractère, de force, et de fierté tout comme certains personnages légendaires qui ont su hier affronter l’inconnu, le mal, les loups-garous, les monstres et les obstacles, pour aujourd’hui relever les défis qui se posent à nous, individuellement et collectivement.

Le conte doit être considéré comme un miroir de notre région, à travers le prisme des gens qui l’habitent. La population de la Mauricie possède à cet égard un trésor qui mérite d’être mieux connu, car il constitue une richesse collective que rien ni personne ne peut lui ravir. Une richesse qui, comme tout élément fondamental d’une culture, fait partie de sa raison d’être, de son identité.

Je nous souhaite donc que cet été soit pour les citoyennes et citoyens de la Mauricie une occasion de retrouvailles avec un des éléments importants de notre trésor culturel commun : les contes et les légendes, car on sait qu’une région ou une nation sans conte ni légende n’en est pas une.  Donc profitons de cette vitalité régionale pour… entrer dans la légende…

Guy Rousseau,
Directeur général, 
Société Saint-Jean-Baptiste de la Mauricie
Administrateur,