Désabonnez-vous!

« C’est terrible de se laisser prendre dans une routine, on s’enlise, on se sent en sécurité. Et puis, tout à coup, on s’éveille, et il n’y a plus rien…» – Yves Thériault, Valérie

Insidieuse, la routine s’installe et les raisons s’accumulent de ne pas la déranger. On s’y adonne, s’y abonne. Les habitudes culturelles n’y échappent pas : c’est, me semble-t-il, le propre de la consommation de mener à la banale répétition de gestes qu’on ne questionne plus. Je vous propose ici deux petites incitations subversives à vous désobéir, à être infidèle à vos habitudes, à revoir vos choix pour vous garder culturellement alertes.

Scénario 1

Votre passion, depuis toujours, c’est le théâtre. Vous ne manquez jamais une pièce. Avec les années, vous avez pu voir des chefs-d’œuvre tels L’Odysée ou Cyrano de Bergerac, vous avez découvert Tchekhov, vu du théâtre québécois de grande qualité, vous avez ri, vous avez pleuré. 

Portez attention aux pièces à venir. Parmi plusieurs pièces intéressantes, il y aura très probablement une énième mise en scène du Malade imaginaire ou encore quelque farce nounoune montée par Denise Filiatrault. Cette pièce, d’une certaine façon, vous l’avez déjà vue 100 fois. Offrez donc votre billet à un adolescent qui, d’une part, s’initiera au théâtre de Molière, ce qui est essentiel, et, d’autre part, comprendra beaucoup mieux les enjeux de la Révolution tranquille, en constatant le retard culturel du Québec des années 60, qui s’esclaffait devant Moi et l’autre.

Pendant ce temps, vous irez voir les excellents comédiens de la Ligue d’improvisation mauricienne (LIM), vous y vivrez un moment magique qui vous ramènera aux sources oubliées du plaisir du théâtre et vous aurez manqué Marcel Lebœuf cette année. Tout le monde y gagne!

Scénario 2

Vous êtes responsable de l’organisation du prochain party de Noël du bureau. La tâche n’est pas mince. Il y a deux ans, le comité social avait engagé DJérôme, Party Animal et fêtes en tous genres inc. pour faire danser les employés après le souper. Vous veniez tout juste d’arriver dans l’entreprise et aviez éprouvé des doutes à la vue de votre patron surexcité par la Macarena, et un profond malaise lorsque votre secrétaire a enlevé son cardigan pour faire aller ses moves cochons sur Provoquante. L’année suivante, on avait laissé tomber la danse, se contentant d’un banal souper au restaurant. On avait manqué de vin et tout le monde était parti après le dessert.

Cette année, les employés veulent de nouveau danser. Le spectre de la honte revient vous hanter. Vous résisterez courageusement à l’idée d’un karaoké. Une idée de génie vous viendra : inviter un groupe de musiciens professionnels. Pourquoi payer bêtement un animateur de foule muni d’un iPod quand on peut avoir des artistes live devant soi?

Votre bureau est du type classique, les employés aiment la belle musique? Ça existe, vous savez, un orchestre de swing en Mauricie. Les employés sont plutôt du type physique, actif, ils aiment s’amuser sans se compliquer la vie? Un band de rockabilly conviendra tout à fait! Le staff semble intéressé par la musique trad, la musique du monde, l’électro, le hip hop, le rock, la chanson festive? On a du choix. Je ne vois vraiment pas pourquoi on engagerait, en Mauricie, en 2012, un DJ ringard et musicalement très limité avant un artiste pour nous faire danser. Il s’agit simplement d’avoir le réflexe de regarder un peu plus loin que l’évidence, la facilité, le convenu.

Il y a tellement de possibilités de se sortir de la routine, et autant d’opportunités d’encourager la diversité culturelle régionale en soutenant les plus petits producteurs et diffuseurs. D’autres exemples? Ciné-campus au lieu des Galeries du Cap; Le Colimaçon au lieu du Super Club Vidéotruc; L’Exèdre, Poirier ou Clément Morin au lieu de Costco ou Amazon; une soirée de projection de courts métrages au lieu de tou.tv; le Festival Echo à St-Mathieu ou le Widewood de Shawinigan au lieu de Marc Dupré au Festival de la niaiserie plate de Saint-Machin, et quantité d’autres.

L’art stimule les sens, la routine les endort. Désabonnez-vous de la facilité, avant que plus rien n’ait de goût pour vous!

Sébastien Dulude
Artiste multidisciplinaire
Administrateur, représentant des membres de la relève de Culture Mauricie