Médiation culturelle, le Doc Mailloux et l’homme arabe

Photo Éric Massicotte

La Corporation de développement culturel de Trois-Rivières a récemment consulté le milieu culturel trifluvien au sujet de son programme de médiation culturelle. Interrogés sur les enjeux et défis en lien avec cette démarche, les  participants ont rapidement fait bifurquer les discussions sur les nouveaux arrivants. Si Trois-Rivières s’est investie à juste titre et de manière admirable pour rapprocher les citoyens les moins bien nantis des arts et de la culture, l’intégration des nouveaux arrivants se dresse aujourd’hui comme un incontournable pour notre communauté. Et pour cause. Marginale il n’y a pas si longtemps, l’immigration est maintenant un phénomène bien réel. Elle amène avec elle de nouvelles réalités et des défis que nous devons réussir collectivement. Le partage de notre culture s’impose ici comme un élément fondamental du développement de la citoyenneté. L’accès à notre vie artistique et à nos lieux de culture en sont les pièces maîtresses. Facilement accessibles pour la majorité d’entre nous, des ponts doivent être créés pour favoriser la fréquentation de nos musées, de nos salles de spectacle, de nos bibliothèques, etc.

Il n’y a pas si longtemps, ce souhait pouvait être perçu comme un caprice de bien-pensants. Avec les attentats de Paris et la radicalisation de certains jeunes musulmans, l’intégration n’est plus un choix, mais un impératif. Récemment, j’écoutais une entrevue à la radio de Radio-Canada avec un spécialiste de la radicalisation qui expliquait le phénomène. Contrairement à ce que l’on pense, il n’y a pas de lien direct entre la radicalisation et la pauvreté et/ou l’éducation. Le phénomène prend plutôt racine dans le sentiment d’exclusion sociale, le sentiment pour certains individus de groupes stigmatisés de ne pas participer pleinement à la vie économique, à la vie publique et de ne pas être acceptés comme individus à part entière. Dans ce contexte, les perceptions véhiculées dans les médias traditionnels, comme dans les médias sociaux, jouent un rôle déterminant.

Quelques jours plus tard, au hasard de la fonction balayage de ma radio d’auto, je suis tombé sur l’émission du Doc Mailloux. S’érigeant en grand spécialiste de la question, le bon docteur expliquait à ses auditeurs l’échec total de l’intégration de ce qu’il appelle « l’homme arabe ». Ces propos d’une grossièreté sans nom et sans nuance qui ne font pas la différence entre un homme issu du monde arabe et un fanatique religieux contribuent au premier chef à créer un sentiment d’aversion envers ces nouveaux citoyens. Ils sont de nature à créer ce sentiment d’exclusion sociale et de marginalisation qui conduit justement à la radicalisation.

S’il y a une chose sur laquelle je peux témoigner personnellement, c’est bien celle de la réalité en lien avec cet « homme arabe ». Le hasard de la vie fait que j’ai de nombreux amis et connaissances issus des pays arabo-musulmans. Ils sont chacun à leur manière des actifs solides pour nous, qu’ils soient ingénieurs, techniciens, administrateurs ou manœuvres. Croyants ou non, ils sont parties prenantes de notre communauté, pratiquent des activités sportives, s’impliquent dans des associations, etc. Cet « homme arabe » est malheureusement sans voix; les propos et les actes d’une poignée d’extrémistes repris sans discernement par les « Doc Mailloux » de ce monde ont malheureusement accaparé tout l’espace public. 

Alors que certains brûlent les ponts, c’est à nous en culture d’en construire 1000 fois plus.

Bienvenue en Mauricie!

Éric Lord
Directeur général
Culture Mauricie