Librairie Clément-Morin : Prélude aux temps durs?


Il ne faut pas se mettre la tête dans le sable, la Mauricie culturelle risque de vivre une période difficile. La situation des finances publiques et le vent de rigueur budgétaire qui souffle d’Ottawa à Québec en passant par la Mauricie amènera avec lui un repositionnement important de notre secteur. Pas besoin d’une boule de cristal pour entrevoir ce que l’avenir nous réserve. La culture passera dans le collimateur des gouvernements. D’ailleurs, elle y passe déjà... L’an dernier, malgré une augmentation du budget du ministère de la Culture et des Communications du Québec de 2 %, le soutien au milieu avait été réduit. Il faut dire que les charges financières liées aux infrastructures et aux coûts de système plombent tout effet d’augmentation. Cette année, avec une augmentation de 1 %, le Ministère n’a d’autre choix que de sabrer dans certaines mesures. La réduction de 20 % des crédits d’impôt pour la production et les coupes dans les sociétés d’État en culture en sont les principales manifestations.  

Ce qu’il faut mettre en perspective, c’est que cette réduction du soutien de l’État arrive dans un secteur qui souffrait déjà de graves problèmes de sous-financement et que de nombreuses organisations culturelles sont en situation précaire chronique.  

Libraire Clément-Morin : Ouf, ça fait mal! Un fleuron de la vie culturelle mauricienne est sur le point de s’éteindre. Une entreprise phare qui rayonnait bien au-delà des frontières de la Mauricie et qui était un enfant chéri de la population régionale. Comment expliquer un tel désastre? Évidemment, à la lumière des informations qui filtrent à gauche et à droite, cet échec est le résultat de nombreux facteurs. Il  est extrêmement réducteur cependant de résumer la situation à la syndicalisation des employés. Non, il faut regarder à un autre niveau pour comprendre les enjeux dans lesquels s’inscrit cette fermeture, aussi triste que dommageable pour la vie littéraire de notre région.  

Le problème est d’ordre systémique et se situe au niveau de la viabilité de toutes nos librairies agréées qui subissent une féroce et déloyale concurrence des multinationales du commerce au détail. À cet effet, notre nouvelle ministre de la Culture, Hélène David, a lancé cette semaine une vaste réflexion sur le les librairies agréées. « Le gouvernement souhaite agir rapidement et mettre en place des mesures efficaces qui auront des effets non seulement sur les librairies agréées, mais aussi sur les lecteurs et l'ensemble des acteurs de la chaîne québécoise du livre qui comptent sur ces lieux essentiels de diffusion et de promotion. » Malheureusement pour nous, « agir rapidement » sera agir trop tard pour la Libraire Clément-Morin. À moins que… qui sait, une main salvatrice ne vienne faire le pont en attendant des jours meilleurs.  

Éric Lord
Directeur général
Culture Mauricie