Hommage à Clément Marchand


1930! Il a 18 ans! Jaillit l’encre fauve de l’adolescent visionnaire foudroyé par le spectacle d’audaces prodigieuses autant que de menaces effroyables. Audace du fer martelé des usines… Audace des blasphèmes des usiniers accablés, rompus. Vertige des masques de plaisirs inavouables. Menaces assaillant le laboureur-prolétaire. Jeune homme, il jette son coeur de poète au creuset de toutes ces avenues, l’âme et l’esprit marqués par ces instants terribles où sa planète bascule. 

Toute cette vision brutale, tout ce sonore fracas engendrent une écriture nouvelle, libre, vouée à s’éclater à l’écart des normes et des rythmes du jour. L’oeuvre poétique de CLÉMENT MARCHAND refl ète mieux qu’aucune autre l’instant unique d’un Québec qui voit son doux ciel et ses champs fl euris basculer du côté des noirs asphaltes et des enfers rougeoyants. Revenu de ce rêve inouï, Clément Marchand a oeuvré par la suite chez nous en tant qu’éditeur, frère de poètes dont il imprima les vers et choqua les verres. La poésie de notre lieu, c’est lui. Les Soirs rouges, un fi lon inestimable menant à une mine encore inexplorée. Mine d’images, mine de vérités profondes, mine d’éternités rares et mine d’humanisme. 

J’aurais pu dire aussi que Clément Marchand, c’est tout à la fois le vieil homme au sauternes sans foie gras mais avec une abeille en bordure du verre, l’homme qui s’émerveille devant la tomate prodigieuse et l’enfant qui ferme encore les yeux en goûtant une cerise de terre. Oui, c’est ça, j’ai trouvé : Clément Marchand, c’est le poète de ma terre.

- Jean Laprise, novembre 2007