Quand la voix porte

Si vous avez suivi l’actualité de près ces dernières semaines, vous avez sans doute constaté que le ministre de l’Éducation et de la Famille a fait deux annonces qui touchent directement le secteur culturel. Le 21 novembre dernier, Sébastien Proulx annonçait un réinvestissement de 30 millions dans les centres de la petite enfance. Après des coupures plus importantes encore effectuées dans ce secteur au nom de la rigueur budgétaire, la nouvelle n’a pas semé l’enthousiasme d’un cadeau fraichement déballé. C’est en y regardant de plus près que l’annonce prend une signification plus réjouissante pour le secteur culturel. En effet, le ministre a l’intention d’injecter une part importante de cet investissement dans les sorties et les activités culturelles pour les tout-petits. Voilà une mesure extrêmement porteuse et ce, tant pour les jeunes que pour notre secteur.

En faisant entrer nos petits dans les lieux de culture, et par la pratique d’activités culturelles, on reconnait le rôle fondamental que joue les arts et la culture dans le développement de l’individu. Ce contact précieux permet d’élargir la vision du monde, façonne l’identité et développe le sens critique tout en favorisant la persévérance scolaire et le développement global; des bienfaits pour les jeunes largement documentés dans la communauté scientifique qui justifient largement les orientations prises par le ministre.

Autre nouvelle, ce même Sébastien Proulx annonce en compagnie du ministre de la Culture et des Communications Luc Fortin le 5 décembre dernier, un investissement de 10 millions de dollars pour favoriser l’arrimage entre la culture et l’éducation. Bien que certains investissements du montage financier goûtent le réchauffé, le montant  attribué au Conseil des arts et des lettres du Québec ayant déjà fait l’objet d’une annonce, on en retient une volonté d’arrimer les deux secteurs dans une logique gagnant/gagnant/gagnant. Gagnant pour l’éducation, puisque ce rapprochement lui permet de compter sur des ressources spécialisées, gagnant pour la culture, car l’initiative apporte avec elle un soutien financier nouveau et, surtout, gagnant pour nos jeunes qui trouveront dans ces initiatives des éléments aussi formateurs que stimulants. Si vous doutez de l’extrême pertinence de tout cela, je vous invite à découvrir le travail exceptionnel de Denis Massé avec l’école de la de la Tortue-des-Bois, un projet magnifique qui a reçu récemment un prix Essor.

Bon, la voix qui porte. Si vous croyez que tous ces investissements sont le résultat de l’inspiration du moment d’un gouvernement en mal de popularité, détrompez-vous. VOUS êtes à l'origine de ces investissements. Quoi, VOUS? Bien, disons… nous. NOUS, le milieu culturel des régions qui avons tenu des forums dans chacun de nos territoires pour réfléchir et proposer des pistes d’action afin de favoriser la citoyenneté culturelle des jeunes. NOUS du milieu culturel qui avons présenté des recommandations au ministre de la Culture dans le cadre des consultations pour le renouvellement de la politique culturelle du Québec. Nous aussi de la culture qui avons suggéré au ministre de l’Éducation lors de la consultation sur la réussite scolaire de miser sur notre secteur pour ancrer nos jeunes dans leurs écoles.

Si vous aviez l’impression de prêcher dans le désert, dites-vous bien que les déserts ne sont plus ce qu’ils étaient. Ces annonces démontrent que des propositions  issues de réflexions collectives peuvent trouver leur place. Alors peu importe l’outil,  qu’il s’appelle forum, colloque, consultation ou mémoire, la preuve est faite, notre voix porte.

Éric Lord
Directeur général
Culture Mauricie