|
JEAN-MARC GAUDREAULT artiste-peintre
S'il fallait réunir ceux et celles en mesure de raconter un souvenir coloré personnel illustrant leurs rapports avec l'artiste Godro, sans doute la salle de ce soir ne serait-elle pas suffisamment grande...la seule évocation de ces instants obligerait que nous passions plusieurs jours et plusieurs nuits ensemble.
Godro n'est pas un saint, pas plus que son lieu n'était une secte à l'époque où le nom de l'artiste voulait dire planque, entendre ici véritable foyer de culture. Ils ne sont pas nombreux, elles ne sont pas nombreuses ceux et celles qui auront réussi autant que lui à accueillir, sans jamais avoir la prétention de les guider, encore moins de les niveler, les êtres les plus divers, jeunes et moins jeunes. HOMME D'AMITIÉ. Godro a déjà fait beaucoup plus de bruit que maintenant; mais il n'a toujours peint qu'à coup de soupirs, essentiellement en retrait! Au cours des ans, ici et là, on a signalé la présence ou les travaux du peintre. On ne pouvait le contourner. Lui, ne changeait guère, n'accordant que peu de prix à retrouver son nom dans le journal ou sur les ondes. HOMME DE LIBERTÉ. Il voyait autrement et logeait ailleurs!
Des années plus tard, même les honneurs et les prix ne seront pas venus à bout de cet artiste à qui beaucoup d'entre nous doivent une partie de l'oxygène délinquant leur permettant encore aujourd'hui de s'émouvoir et d'émouvoir sur diverses scènes. Après toutes ces années de service, certains souhaiteraient attribuer à Godro un doctorat honorifique en récréologie, d'autres le nommeraient professeur ou directeur de galerie. Ne pariez pas là-dessus. Notre homme ne possède aucun diplôme et personne ne veille à ses côtés à soigner son réseau de bons contacts. Et puis, tous ces titres font l'objet de tant de convoitises et de tractations!
Godro, on l'ignore, l'envie, on lui en veut, et puis après! Et puis après, il enfourche sa bicyclette et vend ses oeuvres comme d'autres leurs livres ou leurs bières... Promeneur constant (lire cuisinier itinérant), Godro a évolué dans le secret d'une amitié indéfectible le liant à l'artiste peintre Raymond Lasnier. HOMME DE FRATERNITÉ. La qualité de leur relation gratuite explique peut-être l'apparente aisance dont Godro a fait preuve quand il échappait aux divers courants et modes dictant la bonne façon de faire au monde des arts. HOMME DE RACINES, HOMME DE FAMILLE. L'artiste s'en est peut-être remis à ce lien fraternel, à ses premiers « lasniérismes » (il avait besoin du mot, il l'a donc inventé), ou encore à quelques cris de l'enfant quand venait l'heure d'ignorer tantôt le mépris des uns, tantôt la fumisterie des autres.
HOMME DE CROYANCE, HOMME DE DURÉE. Le Raymond de Jean-Marc vit toujours. Parfois, je le vois pédaler devant chez moi, ça dégouline sur son passage...il disparaît soudain derrière l'une des clôtures de Lasnier qu'il longe encore. Une fois remisé son habit de lauréat de gala loué, face à son immense chevalet, Godro célébrera une autre fois, en secret, notre petit coin de planète brune, librement.
Jean Laprise, avril 2000
|