LES ALGORITHMES : L'AVENIR DE LA CULTURE?

Il y a quelques jours l’ADISQ a sonné l’alarme par l’intermédiaire d’une opération de communication où ses dirigeants s’inquiétaient, à juste titre,  de la chute dramatique des revenus générés par les ventes d’album et l’écoute de chansons sur les plateformes de « streaming » offertes aux consommateurs.

Depuis le début des années 2000, l’industrie musicale québécoise fait face à un bouleversement radical de son écosystème qui a fragilisé grandement les artistes et les producteurs indépendants. Même si l’industrie musicale au cours de son histoire a toujours su s’adapter aux différentes révolutions technologiques pour la diffusion de ses créations, cette fois l’heure est grave. En effet, les services d’écoute de musique en continu remportent un succès fulgurant auprès des consommateurs qui, après avoir délaissé les CD, abandonnent de plus en plus l’achat d’album en ligne. Malheureusement, ce modèle, même s’il ouvre la porte à de nouvelles clientèles, ne rapporte quasiment rien aux artistes et menace fortement la création et la diversité musicale. Ces nouvelles règles du jeu favorisent à l’excès les stars mondiales de la musique tout en appauvrissant l’ensemble des autres musiciens qui se demandent de plus en plus s’il est possible de vivre de leur art.

Pourtant, suivant plusieurs études, le public dépense autant en divertissement qu’auparavant mais cette somme ne va plus directement vers les produits culturels mais vers les fournisseurs de technologie (Apple, Google, etc.) qui permettent l’accès aux produits culturels. Et devinez qui prend la meilleure part du gâteau dans cette redistribution des cartes…

La tendance est lourde et une nouvelle fois notre milieu doit se concerter et s’adapter pour survivre et nourrir un public toujours avide de culture. La mise en marché de la musique à l’ère numérique est très complexe techniquement et il est indispensable de comprendre son fonctionnement pour le retourner à l’avantage du créateur.

Culture Mauricie est évidemment préoccupé par ces questions et travaille depuis plusieurs semaines à analyser cet enjeu. Nous avons à cœur de trouver des moyens concrets pour faire en sorte que nos membres sachent s’adapter à ces nouvelles pratiques. Parce que finalement, désirons-nous vraiment que des robots et leurs algorithmes décident de nos goûts musicaux à notre place?

Thomas Grégoire
Directeur général, Festivoix
Président, représentant à la commission Arts de la scène / Organismes, Culture Mauricie