Le fric : une relation d’amour haine avec les régions

Le fric est une bestiole capricieuse qu'il faut savoir apprivoiser avec patience, minutie et savoir-faire. Il faut l’aimer de manière boulimique, l’emmagasiner dans des contrées exotiques et y penser chaque minute pour ne pas éveiller sa jalousie. Il aime les grosses cylindrées, la fumée d’usine et la surconsommation. S'il daigne, de temps à autre se porter volontaire pour une bonne cause, il a une préférence marquée pour les questions de santé et d’éducation. Il déteste plus que tout se retrouver isolé au fond d’une poche avec du pognon et n’est jamais plus heureux qu’avec des millions de ses congénères. Comme vous le constatez sans doute, son profil psychologique est plutôt incompatible avec les milieux culturels des régions. Seules quelques rarissimes exceptions trouvent grâce à ses yeux.

Du fric qui n’aime pas

Selon une récente analyse sur le financement du secteur des arts et des lettres, à laquelle j’ai participé et qui devrait être rendue public sous peu, bon nombre d’organismes  des régions du Québec n’ont pas su se faire assez aimer de la bête et s’en trouvent fragilisés en ces temps durs. Il faut le dire, plusieurs décisions gouvernementales ont contribué à ébranler l’équilibre des organisations culturelles. Le financement du milieu culturel, en particulier celui des régions, est un écosystème fragile et complexe. Et en tant que tel, tous les intervenants qui y gravitent forment un tout. Comme dans les écosystèmes naturels, le moindre changement impromptu vient rompre l’équilibre des choses. Or, la fermeture des CRÉ, des Forums jeunesse et de nombreux CLD, la baisse de financement du monde municipal à la suite du nouveau pacte fiscal ont laissé un vide. La diminution de l’investissement des sociétés d’État commerciales, la diminution du financement des commissions scolaires, combinées à des coupes directes, s’ajoutent à un contexte économique difficile dans un secteur en pleine transformation. En région, cette situation est exacerbée par une faible participation du secteur privé ainsi que par des possibilités d’autofinancement limité.

Du fric qui aime

Dans ce contexte plutôt tristounet, il y a dieu merci toujours matière à se réjouir. L’annonce faite cette semaine par le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) qui prévoit injecter 2,2 millions $ dans les régions pour soutenir des projets en partenariat avec le milieu en est un exemple. Du fric fidèle et aimant pour une communauté larguée de toutes parts. Cette nouvelle mouture du programme de partenariat territorial viendra soutenir des projets de création, de production ou de diffusion et de mobilité des artistes et des créations artistiques et littéraires. Le programme se veut un levier financier : chaque dollar investi par les partenaires locaux, régionaux, publics ou privés sera apparié par le CALQ. On le savait déjà, le fric attire le fric.

Alors si vous vous sentez mal aimés par cette bête, sachez qu’il y des méthodes pour la dompter. Il faut se retrousser les manches, sortir le tabouret et le fouet. Il faut l’anticiper et comprendre ses moindres faits et gestes. En termes clairs, nous devons saisir les nouvelles opportunités de financement public, notamment du fédéral, développer des partenariats innovants avec le monde des affaires et mettre de l'avant des stratégies créatives pour reconquérir les publics.

Vous voulez devenir un habile dompteur? Rendez-vous à la JOURNÉE FRIC le 18 février prochain!

Éric Lord
Directeur général
Culture Mauricie