Amphithéâtre de Trois-Rivières sur Saint-Laurent : Sur les berges d’un long fleuve….

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le projet de l’amphithéâtre de Trois-Rivières sur Saint-Laurent est tout sauf un long fleuve tranquille. Coincé au cœur des passions politiques, pas une semaine ne passe sans qu’un nouveau rebondissement vienne ponctuer le roman feuilleton préféré des mauriciens. Force est de constater que ce projet majeur et structurant est en pleine dérive et qu’il est temps de dire ce qui doit être dit sur le projet.

Le modèle québécois

Il faut d’abord revenir sur les commentaires du directeur général du Festival d’été de Québec, Daniel Gélinas, sur les ondes de Radio-Canada. Par grandeur d’âme, ce dernier avise les trifluviens que le projet de Trois-Rivières ne sera pas rentable. Avec cette déclaration, monsieur Gélinas fait abstraction d’un nombre astronomique de faits qui auraient grandement eu avantage à être mis en perspective. D’abord, au Québec, notre structure démographique et économique fait en sorte que l’investissement de l’État est indispensable pour la viabilité du modèle économique en culture. L’organisation de monsieur Gélinas ne fait pas exception, et c’est des milliers de dollars qui sont investis annuellement dans le Festival d’été de Québec par la Ville de Québec et par les gouvernements provincial et fédéral.

Un équipement pour notre développement

Aussi, lorsque l’on met en place un équipement collectif, l’analyse de sa contribution ne peut pas être envisagée sur le plan de la rentabilité comme on le fait pour le dépanneur du coin. Il faut plutôt regarder sa contribution à la communauté. On ne demande pas au CHRTR d’être rentable, on ne demande pas à l’UQTR d’être rentable, on leur demande de soigner nos malades et d’éduquer nos jeunes. Il en est de même pour l’amphithéâtre de Trois-Rivières. On doit lui demander de devenir un outil pour le développement et la vitalité culturelle, on doit lui demander de contribuer à l’amélioration de notre qualité de vie, on doit lui demander de contribuer au rayonnement et à la notoriété de notre ville et de notre région et on doit lui demander de devenir une attraction touristique et de 

générer de l’activité économique. C’est là qu’il convient de sortir la calculette et d’évaluer la pertinence de notre investissement collectif dans ce projet.

McDonald commente le Wooper

Ce qu’il faut bien retenir de ce commentaire, c’est que monsieur Gélinas voit apparaître un joueur majeur dans son secteur d’activité, un joueur qui est plus proche du marché de Montréal que lui, un joueur qui est susceptible de lui faire compétition sur certains spectacles. Demander l’avis d’expert de Daniel Gélinas sur le projet d’amphithéâtre à Trois-Rivières, c’est comme demander à McDonald de commenter le Wooper de Burger King. À l’évidence, le verdict sera teinté d’un parti pris qui se comprend.

Développer c’est prendre des risques

Lorsque l’on parle de développement, on parle de risques. S’il y avait un modèle qui permettait de se développer sans en prendre, il aurait été adopté partout sur la planète depuis bien longtemps. Cependant, le plus grand risque que nous pouvons prendre, c’est celui de ne rien faire. Les bras croisés, Trois-Rivières sera encore pour le prochain siècle la capitale du chômage au Québec. C’est une garantie. Pour nous développer, nous devons aller plus loin que les autres, innover et se donner des avantages concurrentiels. Le projet de l’amphithéâtre de Trois-Rivières est de cette nature. 

Prendre des risques, ce n’est pas non plus prendre tous les risques. Il importe que les autorités municipales mettent en place les conditions gagnantes qui feront en sorte que ce pari risqué puisse réussir. Force est d’admettre que ces conditions font cruellement défaut pour le moment. Le porteur de vision de ce projet, Michel Jutras, vient de prendre sa retraite. Son successeur, Benoit Gauthier, n’est pas encore en poste. La marge de manœuvre de l’équipe mise en place par le maire a été largement hypothéquée par les multiples allégations en lien avec leur gestion des Fêtes du 375e de Trois-Rivières. La population est sceptique et inquiète. L’heure n’est plus aux coups de barre à gauche ou à droite. Les eaux tumultueuses du fleuve risquent d’emporter le navire encore à quai.

Éric Lord
Directeur général
ulture Mauricie