La Mauricie en nous... pour la langue de chez nous

Nous sommes d’un fleuve, « de lacs et de rivières »1
« nous avons habité une langue avant d’habiter un territoire »2.
Nous sommes autochtones et majoritairement de France.
Nous avons été Amérindiens.
Nous avons été de la Nouvelle-France.
Nous avons été Canadiens, Canadiens français.
Nous sommes aujourd’hui Québécois.
Mais nous sommes avant tout de langue française. 

Nous nous sommes aimés en français.
Nous avons chanté en français.
Nous avons affirmé nos droits en français.
Nous nous sommes battus pour notre langue.
En retour, elle s’est portée à la défense de nos institutions.

Elle nous a permis d’exprimer nos émotions, notre rapport au monde et de définir notre conception de la « cité »3 en fonction du bien commun. Notre culture française a été source de cohésion et de solidarité sociale tout en demeurant la pierre angulaire de notre singularité régionale. Grâce à elle nous avons développé en Mauricie un mode de vie, une culture particulière reconnue à travers le monde. Notre langue a été le substrat de ce que nous sommes devenus. Depuis 375 ans, elle nous a accompagnés dans ce long voyage qui nous a permis de bâtir une région qui, par ses ressources et sa situation géographique, a été au centre du développement du Québec.

Les hommes et les femmes qui ont pris la parole, ceux et celles qui ont écrit notre histoire régionale doivent être considérés comme les jalons d’une longue tradition qui a façonné notre culture régionale.

Tout en étant citoyens du monde, nous venons de quelque part.

Nous venons de Laviolette, de Ludger Duvernay, de Benjamin Sulte, de Mgr Tessier, de Félix Leclerc, de Gatien Lapointe, de Pauline Julien, de Gérald Godin, de Clément Marchand et de bien d’autres… et nous continuons avec Fred Pellerin, Bryan Perro, Réjean Bonenfant, Gaston Bellemare, Naïd alias Dany Carpentier, et encore et encore.

Il est toujours pertinent de se rappeler que la force de notre région a été intimement liée à notre capacité d’ouverture à l’autre, mais à partir de notre personnalité bien assumée et de notre culture bien enracinée, façonnée par notre langue, notre histoire et notre territoire. D’ailleurs les plus grandes productions culturelles émanent très souvent de réalités locales authentiques. Il n’est rien de plus universel que ce qui est le plus intime, que ce qui est au plus profond de soi.

C’est dans cet esprit que je vous invite en ce début d’été à vous éveiller à votre environnement, à parcourir notre univers régional et à réaliser que la Mauricie est une source d’inspiration profonde pour tous ceux et toutes celles qui désirent donner du sens à leur création artistique et culturelle.

Nous devons être fiers de ce que nous avons réalisé et de ce que nous sommes devenus. Nous devons le reconnaître si nous voulons l’exprimer. À cet effet, le mouvement écologique a développé la formule « agir localement pour penser globalement ». En s’inspirant de celle-ci, la Mauricie pourrait y aller de cette variante : « se définir régionalement pour se développer mondialement ».

Si la culture, « c’est ce qui reste quand on a tout oublié »4, eh bien quand on aura tout oublié, il restera notre fleuve, nos lacs et nos rivières… et nous continuerons à parler et à créer en français.

1. Claude Gauthier
2. Gilles Vigneault
3. Platon
4. Édouard Herriot

Guy Rousseau
Directeur général, Société Saint-Jean-Baptiste de la Mauricie
Administrateur, représentant à la commission Développement / Organismes de formation, de défense ou de promotion, Culture Mauricie