DES ÉLECTIONS HISTORIQUES ?

La table était mise pour des élections hors normes. Un nombre de candidats record, une commission d’enquête qui, jour après jour, soulève le voile sur des pratiques électorales plus quedouteuses, des démissions, des enquêtes policières, des arrestations, un débat acrimonieux, un vote par anticipation record; tout était en place pour un tsunami électoral sans précédent. Puis… le soir du 3 novembre, rien, plus rien, dans les principales villes de la Mauricie du moins. Les électeurs ont reproduit presque sans failles un ballet mille fois répété. Les maires sortants, comme le veut la tradition, ont repris sereinement leurs sièges. Comme si ce titre leur avait été transmis de droit divin. Quel électorat oserait faire basculer les principes érigés par Dieu lui-même? À l’évidence aucun. Un maire, ça ne se fait pas battre, à moins d’avoir été pris les mains dans les coffres de la Ville et encore là rien n’est moins sûr. Un vox populi réalisé à Laval au sujet de l’ex-maire Vaillancourt témoignait de la nostalgie des personnes interrogées, de l’absence de leur maire bien-aimé. Certains étaient prêts à passer l’éponge sur une carrière de trente ans sous le signe du vol et de la corruption. Évidemment, tout cela laisse songeur.

Trêve d’idées noires, malgré des résultats convenus, la campagne fut tout sauf ennuyante et vide de fond. Côté culturel, les différents candidats y sont allés de propositions pour le développement des arts et de la culture. Ce qui est très encourageant. À Trois-Rivières, tous les candidats ont abordé la question sous un angle ou sous un autre. L’un d’entre eux s’est même hasardé à proposer la vente de Boréalis et de l’Amphithéâtre de Trois-Rivières sur Saint-Laurent. Un engagement aussi grossier que le personnage qui s’est révélé comme une véritable nuisance à la vie démocratique en sabordant le seul débat réunissant tous les candidats. Plus réaliste, les trois principaux candidats ont fait des propositions valables et deux d’entre eux ont identifié le secteur des arts et de la culture comme prioritaire pour le développement économique.

Cette situation est pour nous éminemment réjouissante et l’on ne peut que constater tout le chemin parcouru dans les perceptions. D’un simple luxe pour les biens nantis, notre secteur a su se positionner comme un enjeu stratégique de développement. Chapeau! Beaucoup est fait, mais beaucoup reste encore à faire. Comme les autres secteurs de l’économie, le nôtre doit être soutenu de manière structurante. La recherche et la création, la base de notre secteur, doivent trouver des assises dans les municipalités. Les créateurs de produits culturels doivent être outillés, notre patrimoine mis en valeur… Il faut en fait passer de la parole porteuse à des actes structurants. Comme le soulignait notre conférencier, l’économiste Frédéric Laurin, les investissements en infrastructures doivent être la partie visible d’une vision de développement et non pas une finalité en soit. Cette vision du développement de notre secteur doit s’exprimer par un soutien costaud aux artisans qui sont à la base de tout un secteur porteur pour la diversification économique de notre région.

Durant la campagne électorale, Culture Mauricie a invité la population à voter culture. Voter culture pour l’économie, pour le tourisme, pour l’innovation et pour la jeunesse. Derrière ces messages, il y a une vision du développement de notre communauté. Une profonde conviction que nous devons travailler ensemble pour l’épanouissement d’une région créative, riche de son histoire, de sa culture et de ses créateurs. C’est la seule région que nous pouvons créer pour affronter l’avenir avec optimisme.

La population a-t-elle compris notre message? Son vote culture s’est peut-être exprimé dans la continuité. Laissons l’Histoire travailler pour nous.

Éric Lord
Directeur général
Culture Mauricie