Un éditorial de Culture Mauricie qui ne parle pas de culture, mais qui parle de culture

C’est fou ce que les choses changent rapidement. Je viens de relire l’éditorial que j’ai écrit la semaine dernière pour le présent bulletin. J’y parle de la découvrabilité des produits culturels, un sujet important, mais qui semble aujourd’hui bien futile après l’attentat de la mosquée de Québec. Un événement qui me choque profondément, comme vous tous j’en suis certain. En fait, j’aurais besoin de beaucoup de superlatifs pour exprimer l’ampleur de mon indignation. Je me réveille encore aujourd’hui choqué envers notre société qui donne de plus en plus de place, légitimise et accepte les discours haineux et xénophobes. Cet événement révèle au grand jour que ce courant de pensée peut trouver écho dans des esprits malades et influençables et que la réalité peut se révéler plus cruelle et amère que le pire des cauchemars.

Il y a quelques semaines, j’ai déposé une plainte au Conseil canadien des normes de la radiotélévision au sujet des propos tenus au 106,9 par le Doc Mailloux et que j’ai entendus sur Internet. Un long extrait dans lequel le « bon docteur » crachait son fiel sur les sikhs, les Autochtones et bien sûr les Arabes. Un discours propre à entretenir de grossiers préjugés aussi faux que préjudiciables qui cultivent et alimentent la haine de l’autre. Je crois sincèrement qu’il faut s’interroger sérieusement au sujet des entreprises de communications qui développent des stratégies d’affaires qui sont, à toutes fins pratiques, basées sur la haine et le mépris pour avoir l'attention du public. Pour ma part, les limites de la liberté d’expression ont été franchies. La société la plus tolérante ne devrait pas accepter de légitimer l’intolérance en lui donnant accès librement aux tribunes publiques.

Tout aussi navrant, comme je n’ai pas entendu l’extrait en question en direct, ma plainte a été rejetée, ce qui démontre sans ambigüité que nos mécanismes de régulation sont aussi désuets qu’inefficaces. Face à tout cela, il me semble qu'il faut développer ensemble une culture de tolérance et d’ouverture. Renvoyons les discours rétrogrades là où ils étaient naguère... dans le fond des tavernes obscures.

Éric Lord
Directeur général
Culture Mauricie