Crête, Jacques

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DÉMARCHE ARTISTIQUE

Après avoir travaillé aux Saltimbanques au début des années 60 où je découvre ce qu'on appelait le théâtre d'avant-garde (Arrabal, Ionesco, Becket), j'ai le privilège, à la fin de ces mêmes années, de travailler avec Claude Gauvreau qui m'ouvre la voie de la création.

Antonin Artaud, par son œuvre, sera le chemin de la « transformation ».

Le théâtre ne sera plus ce métier que j'ai choisi, mais la quête de toute une vie. Je ne serai plus le comédien que je rêvais d'être, mais un homme qui marche vers sa propre vie.

En 1971, je mets sur pied un atelier de recherche où toutes les écritures et langages artistiques sont remis en question dans le seul but de faire table rase des dogmes et clichés dont on ne retrouve plus la source identifiable dans ce Québec nouveau qui se lève.

L'ESKABEL est CONTRE et TOUT PRÈS du théâtre mais ne réalisera pas de création théâtrale avant l'automne 1974.

Ces années de travail de recherche donneront plusieurs productions appelées « création collective » qui, à leur tour, feront « resurgir » le texte et qui conduira à une manière nouvelle d'aborder la mise en scène.

Suivra une longue recherche sur la MISE EN ESPACE d'une théâtralité qui CRÉE son propre rituel à travers l'organisation d'une « cérémonie » souvent poétique, parfois barbare et étrange, mais rigoureuse et exigeante pour l'acteur et pour le spectateur.

La mise en scène devient une ÉCRITURE en soi, une SIGNATURE d'auteur.

Des cérémonies étranges des premières créations, une ÉCRITURE théâtrale, propre à l'Eskabel, s'organise. Les médias diront : « forme théâtrale eskabélienne ».

Ce sera alors INDIA SONG, MORT À VENISE, LA BELLE BÊTE, LE MOINE, LES LARMES AMÈRES DE PETRA VON KANT etc.

En 1987, je ressens un profond besoin de repos, d'arrêt. Suis-je au bout de cette quête ? Suis-je revenu au point de départ ? Me suis-je perdu en cours de route ? L'écriture eskabélienne est-elle devenue, à son tour, CLICHÉ ?

Pendant quelques années, je vivrai à distance du théâtre, de la création, donc de moi-même.

Au début des années 90, la nécessité de la création reprend ses droits. L'écriture est sûre. La quête n'est plus une route de golgotha, mais celle de la certitude, souvent angoissante, que « LA VIE ET LE THÉÂTRE NE FONT QU'UN » (Artaud).

Et le PHÉNIX renaît de ses cendres. ( Solange Lévesque, Le Devoir, à propos des Troyennes)

L'ESPACE THÉÂTRAL EST LE LIEU DU « SACRÉ ». L'écriture crée le RITUEL. LA CÉRÉMONIE s'organise autour de ce qui est « appelé ». Le corps et la voix de l'acteur proposent L'ACTE à donner au spectateur.

C'est la première porte d'accès à l'œuvre.

LES TROYENNES, c'est le PREMIER ACTE d'une démarche qui s'ouvre sur un objet de création d'une maturité artistique qui point. Une démarche rigoureuse, difficile parce que sans compromis, éloignant le succès, appelant parfois l'intolérance, isolant le créateur, le rejetant souvent dans la fosse des vérités abstraites.

Puis
LA CÉREMONIE est SIGNIFIANTE,
Le RITUEL reçu,
La TRAGÉDIE GRECQUE actuelle.
VICTOIRE de l'art sur le divertissement.
VICTOIRE de la mise en scène d'auteur.
VICTOIRE de l'art.

LES TROYENNES :
30 ans de travail
30 ans de recherche théâtrale.

JACQUES CRÊTE
FONDATEUR ET DIRECTEUR ARTISTIQUE DE L'ESKABEL DEPUIS 30 ANS

 

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